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View Full Version : Justine, Kim et la belgitude


Elke
Nov 6th, 2003, 07:55 PM
Enjoy it, without haters please!:angel:

Justine, Kim et la belgitude
LE MONDE | 06.11.03 | 13h37
L'une est wallonne, l'autre flamande. Kim Clijsters et Justine Henin se disputent le titre de numéro un mondial aux Masters féminins de Los Angeles.
Là-haut, sur les gradins, Chris Grysouille s'égosille : "Allez Justine ! Komaan Kim !"Chris Grysouille est flamand, mais, dans son club de supporteurs, les cœurs vibrent pour la Belgique. Le lion noir flamand ou le coq rouge wallon, ce n'est pas le genre de Chris Grysouille et de ses copains.




Pas de ça sur les gradins. La mère de l'un d'eux leur a fabriqué un drapeau noir-jaune-rouge, "magnifique", et ils ont donné à leur club un nom anglais, Belgian Tennis Fans, histoire d'éviter les chamailleries.

Un aveu, tout de même : quand il vient soutenir Kim Clijsters et Justine Henin-Hardenne, les deux gloires belges du tennis féminin, alternativement numéro un et numéro deux mondiales, ce grand gaillard à l'air si doux ne cache pas sa préférence. "Si elles jouent l'une contre l'autre, je crie plutôt "komaan Kim". Pas parce qu'elle est flamande, mais parce qu'elle est sympa. On a un peu de conversation. Elle me dit bonjour." Mais l'important, pour Chris Grysouille, c'est cette chose inouïe. "On est un tout petit pays. Et, là, on a des filles qui sont les meilleures du monde ! C'est incroyable."

Justine et Kim, deux stars d'un coup pour 30 000 km2 et à peine plus de 10 millions d'habitants. Justine et Kim, deux prénoms aussi collés que Jules et Jim, 1,67 m et 1,74 m de muscles en jupette blanche. Justine et Kim, une Wallonne, une Flamande. Avec ça, les Belges l'auraient voulu sur mesure qu'ils n'auraient pas fait mieux. Le superchampion cycliste Eddy Merckx avait déjà bien fait les choses en n'étant ni l'un ni l'autre, ni wallon ni flamand, mais bruxellois. Il y eut les autres gloires historiques : Bruegel, Rubens, Magritte, Hergé, Jérôme Bosch ou Johnny Hallyday, Brel chantant la belgitude. Il y eut les grands rassemblements nationaux, une centaine de milliers de personnes emplissant la Grand-Place ou les rues de Bruxelles, entre le Palais royal et Sainte-Gudule : la qualification de l'équipe nationale des Diables rouges en demi-finale de la Coupe du monde de football (1986), l'enterrement du roi Baudouin (1993), la "marche blanche" en réaction à l'affaire Dutroux (1996).

Les Belges avaient leur fierté. Des générations d'écoliers ont adoré Jules César pour avoir écrit que, "de tous les peuples de la Gaule, ce sont les Belges les plus braves". Ils savent aussi réciter par cœur qu'"un pays n'est jamais petit quand il touche à la mer".

Ils ont, depuis, délimité leurs frontières linguistiques et perdu bien des valeurs communes, de la Société générale de Belgique au franc belge. Divisés en deux langues (néerlandophones et francophones), trois territoires (Flandre, Wallonie et Bruxelles) et deux communautés rivales (flamande et wallonne), maintenant fondus dans l'Europe après avoir évolué vers le fédéralisme, les Belges n'en ont pas fini de se demander qui ils sont. De titiller leurs clichés de vieux couple jaloux (Flamands riches, arrogants et germanophiles ; Wallons paresseux et assistés sociaux). Comme Chris Grysouille, donc, la Belgique se cherche des héros. Des causes partagées où l'on ne parlerait plus des Flamands et des Wallons, mais des Belges tout court. Et elle a trouvé.

Justine Henin, la voilà. Pas du genre à perdre son temps. Elle traverse la cafétéria d'un pas décidé, son sac de raquettes sur le dos, suivie de son entraîneur, Carlos Rodriguez, le charme latino. Quelques embrassades distribuées en passant. "Salut Justine !" "Salut Thierry !"Des joueurs du dimanche, attablés autour d'un chocolat chaud, ne la regardent même pas. Au tennis-club Géronsart, dans la banlieue de Namur, Justine Henin fait partie du décor. Du cuisinier au cordeur, on l'a connue là, "petit bout de chou, un peu garçon manqué avec ses jambes maigres et ses grosses lunettes, et déjà sa volonté de fer".Elle s'installe à une table avec Carlos ; ils font le point. Elle lève la tête d'un air impatient, fait savoir qu'elle n'est pas disponible. "Avant l'entraînement, c'est impossible."Et reprend sa conversation. On a vite compris de quel bois se chauffait Justine, la préférée des Belges : 21 ans, le parler exact, un regard en lame de couteau, une concentration intimidante.

10 h 30 pétantes, Justine et Carlos descendent sur le court. Rien qu'à l'échauffement, ça ne rigole pas. Depuis la cafétéria, un petit groupe d'admirateurs discrets la regarde en contrebas, à travers les baies vitrées. Sur le court d'à côté, deux amateurs patauds ne se laissent pas émouvoir quand Justine, parfois, leur renvoie leurs balles perdues. Elle ne sourit pas. Elle ne parle pas. Juste quelques mots de détente avec Carlos, un infime temps de fou rire très contrôlé, et de nouveau en place, toute en densité, une masse fougueuse. Deux heures d'entraînement, coup droit, revers, service, volée, et en enfilade, de plus en plus vite, croisés ou en ligne, coup droit et revers. Ce fameux revers à une main dont les plus flamingants des Flamands ne rechignent pas à dire qu'il est le plus beau du circuit. Ce tennis de Justine Henin dont John McEnroe a dit et écrit qu'il en était ébloui. De l'avis général, le plus subtil, le plus complet, le plus beau. Quand celui de Kim est plus en force.

Justine a remis son survêtement, enlevé sa casquette blanche. La queue de cheval blonde tirée à quatre épingles. Son jeune mari-manageur, Pierre-Yves Hardenne, et Carlos - les seuls à qui elle donne tous ses sourires - l'attendent au fond de la cafétéria. Vos questions, si vous y tenez vraiment, c'est le moment ou jamais. La voici face à vous, aussi déterminée que sur le court. Professionnelle. Elle a une façon de parler inhabituelle, un sens de l'exactitude dans le choix des mots comme dans la frappe des syllabes. Elle parle vite, le temps est rare. Après vous, il y a le déjeuner, et l'entraînement physique l'après-midi. Sans compter les séances de "photo-shooting", comme elle dit, la promotion obligée pour les sponsors. Elle emploie des phrases grandiloquentes et maîtrisées, on les dirait sorties d'un livre, avec un aplomb authentique. Celle-ci, par exemple, à propos d'elle et de Kim : "Des millions de personnes vibrent au son de nos exploits, c'est extraordinaire. Bien sûr, il y a des moments où l'on aimerait être quelqu'un de normal et aller incognito, mais j'ai appris qu'il fallait gérer sa notoriété, surtout dans un petit pays."

Justine et Kim. Les deux gloires du "petit pays". Des destins tellement ressemblants que les Belges adorent en faire les inséparables copines qu'elles ne sont pas. Nées toutes les deux au mois de juin à un an d'intervalle (1982 et 1983), elles ont roulé leur bosse ensemble. Même carrière, même palmarès, mêmes étapes franchies aux mêmes dates : premier tournoi professionnel à Anvers en 1999, premier tournoi de Grand Chelem, toujours en 1999 (à Roland-Garros pour Justine, à Wimbledon pour Kim), première demi-finale en Grand Chelem en 2001 à Roland-Garros, première apparition dans le "top ten" le même jour (11 juin 2001), puis dans le "top five" le même mois (juillet 2001). La mère de Kim est tout juste rescapée d'un cancer, Justine avait 12 ans quand la sienne en est morte. Quand elle lui a dédié sa victoire au micro, sur le central de Roland-Garros, la petite dure à cuire dévoilait sa face de Cosette, et il fallait avoir un cœur de pierre pour ne pas verser une larme : "... A ma maman qui veille sur moi depuis le paradis. J'espère que tu es très fière de moi, maman."

Pour Justine, la gémellité avec Kim s'arrête là. Froideur oblige. "Cette concurrence est stimulante, certainement. On a du respect l'une pour l'autre. On a beaucoup voyagé ensemble, participé aux mêmes tournois, dormi dans les mêmes chambres, passé de bons moments. Mais nous sommes collègues avant tout. On est là pour la même chose, il ne faut pas se leurrer. Quand on monte sur un court, c'est pour gagner." Carlos, l'entraîneur, renchérit. "A ce niveau-là, on ne peut être des amies."

Kim, elle, ne s'adresse plus aux journalistes en dehors des conférences de presse obligatoires. Ainsi en a décidé son manager de père, Léo Clijsters, qui tient les rênes. Kim, c'est pourtant tout le contraire de Justine. Ce côté villageoise flamande du Limbourg. L'amoureuse du champion australien Lleyton Hewitt. Moins ambitieuse, moins travailleuse, moins incroyablement tenace. La bonne gosse qui a la rage sur le terrain et des fous rires en conférence de presse, tout en rondeurs et en souplesse. Elle a d'ailleurs fait de son grand écart pour atteindre les balles extrêmes l'une de ses images de marque. L'autre étant le "principe du bisou", qu'elle a instauré à la fin des matches en embrassant presque systématiquement ses adversaires.

Les choses se sont gâtées cette année. Kim, la numéro un mondiale, avait l'habitude de l'emporter. Aux centres de fédération respectifs (flamand et wallon) où les championnes ont grandi, les entraîneurs avaient prédit que Justine mettrait "plus de temps à éclore". A cause de son jeu plus complet, de son gabarit moins puissant. L'éclosion a commencé. D'autant que Justine Henin a entamé la saison avec un nouveau gabarit : fini ses cuisses d'allumettes et sa silhouette fluette, si singulière. Flamands ou wallons, les experts expliquent facilement cette transformation par des séances de musculation à haute dose, en Floride, avec le célèbre entraîneur physique américain Pat Etcheberry.

Au terme d'une de ces finales "100 % belges" où Justine, avec son moral insensé, l'emporta, Kim fut de mauvaise humeur. Accusant son adversaire d'avoir appelé le kiné pour profiter d'une pause, et ensuite de "se mettre soudainement à courir comme un démon". Puis ce fut l'US Open. Deuxième finale en Grand Chelem gagnée par Justine contre Kim. Le père Clijsters mit alors le feu aux poudres. Le 8 septembre, au journal populaire flamand Het Laatste Nieuws : "Vous voulez que je vous dise pourquoi Justine bat Kim régulièrement cette année ? Parce que sa masse musculaire a doublé et qu'elle possède aujourd'hui un bras comme celui de Serena -Williams-." Un mot n'est pas prononcé, mais tout le monde l'entend et la presse se charge de le lâcher : dopage.

Or c'est du côté flamand qu'on enfonce le clou. L'ex-numéro un du tennis belge Filip Dewulf fait part de ses soupçons, puis c'est au tour d'un autre sportif flamand. La rumeur se propage. Et voilà que tout a failli dégénérer. L'unité nationale de nouveau compromise pour un rien, une ou deux petites phrases amères. "Quand les insinuations ont commencé, raconte Paolo Leonardi, journaliste sportif au quotidien Le Soir, une lectrice m'a téléphoné en pleurs : "Regardez ce que vous avez fait, vous, la presse. Ces deux filles étaient notre ciment national. A cause de vous, l'unité de la Belgique, c'est fini"."

Mais les Belges ont tenu bon. Côté flamand, on a refusé de jouer Kim contre Justine. Les réactions furent massives, raconte Hans Van Deweghe, rédacteur et éditorialiste au service sports du quotidien flamand De Morgen : "Nous avons reçu un courrier énorme pour saluer le travail de Justine et s'indigner des rumeurs de dopage. Des quatre journaux flamands, aucun n'a donné raison aux sous-entendus de dopage."

Depuis, le père Clijsters a assuré n'avoir pas pensé au dopage, Filip Dewulf a présenté ses excuses publiquement, et Kim, sur son site Internet, a félicité Justine pour ses victoires en Grand Chelem. Quant à Justine Henin, elle reste stoïque : "Je sais faire la différence entre Kim et son entourage."

Rappelant qu'elle est, comme Kim, belge avant tout. Elle le dit avec cette pointe d'impatience froide qui a le chic pour clore le débat. "Je suis heureuse de défendre les couleurs de mon pays, de faire connaître la Belgique dans le monde entier, de lui donner une autre image que celle de tous ces malheurs que le pays a rencontrés."

La polémique a fait pschitt. Le temps d'exciter passagèrement le petit pays. Autour de ses championnes, la Belgique a retrouvé son calme. Ne voulant préférer ni l'une ni l'autre, au point que Christine Hanquet, qui commente le tennis à la RTBF, trouve pénible cette succession de finales "100 % belges": "Quand l'une marque 10 points de suite, on ne peut pas se réjouir, on crie moins, on se retient, on fait des commentaires plus ternes."

Un sondage de popularité paru dans La Libre Match, le 25 septembre, place Justine et Kim en tête, sans hésitation, devant le prince Philippe et la princesse Mathilde. A de petites nuances près : Justine-la-Wallonne arrive en première place en Wallonie et à Bruxelles. En Flandre, c'est Kim-la-Flamande qui triomphe.

Mais les Belges le disent eux-mêmes : ce ne sont là que "chicaneries". En masse, ils votent pour Justine et Kim. Les deux ensemble meilleures du monde : le petit pays tout entier se pince pour y croire. Et pour en profiter, bien conscient qu'un tel miracle ne se reproduira plus. "Je suis fier d'être belge en ce moment", dit Chris Grysouille de sa voix tranquille.

Marion Van Renterghem

minboy
Nov 6th, 2003, 08:23 PM
ca a été publié dans quel journal?

Sinon, article pas mauvais, mais toujpurs les mêmes clichés à 2 balles ( tout l'article sur justine-la-wallone vs kim-la-flamande pour dire à la fin que c'est pas ca qui compte, mais si ca ne compte pas, c'est même pas la peine d'en parler à la base !!!) Je commence à trouver ca pénible!!!!!

XaDavK_Kapri
Nov 6th, 2003, 08:28 PM
Très beau texte :yeah: :D

Elke
Nov 6th, 2003, 08:29 PM
Sorry, my mistake...
Just tried to post a nice article, but got the message...:rolleyes:
It's from Le Monde...

minboy
Nov 6th, 2003, 08:40 PM
Sorry, my mistake...
Just tried to post a nice article, but got the message...:rolleyes:
It's from Le Monde...

Désolé, je ne voulais pas t'offenser, loin de là!! C'est très gentil d'avoir 'poster' l'article!!! Sincèrement.

Mais chaque fois fois qu'un article sur kim et justine est publié dans la presse étrangère, ils ne peuvent pas s'empecher de dire les mêmes trucs, encore et encore.....et avec ca, ils passent à côté du plus important = leur tennis!!!

Mais bon, venant du " MOnde", ca ne m'étonne pas. Parler 'juste' de tennis, ca aurait été trop simple!!!!

Elke
Nov 6th, 2003, 08:46 PM
I know, but what should they write about?
The sexlife of JHH and her husband? The colour of Kim's underwear? The type of food of Beauty?

It's getting difficult to find some new perspectives on Kim and Justine, without getting too much to the private matters. But I like the article in that view.

Come-on-kim
Nov 6th, 2003, 08:48 PM
"Great" article

shap_half
Nov 6th, 2003, 08:57 PM
i don't understand this at all

-Ph51-
Nov 6th, 2003, 09:36 PM
Bon article,mais j'ai bien peur qu'il n'y ai qu'un Belge pour comprendre nos petites finesses!

bandabou
Nov 7th, 2003, 01:01 AM
English?!

Juju_fan
Nov 7th, 2003, 02:32 AM
C'est ce genre d'articles qui montrent que Le Monde est un journal de qualité!
Merci de nous l'avoir fait partager! :)

janjan
Nov 7th, 2003, 02:56 AM
wwwwweh
Please English translation.
Anyone?
Thanx.

monicain
Nov 7th, 2003, 06:27 AM
Merci beaucoup Elke, c'est un bon article.
Si j'etais belge...;)

Juju_fan
Nov 7th, 2003, 06:57 AM
Je précise que je suis Belge ;)

pigam
Nov 7th, 2003, 03:24 PM
In 'its sort' it's a very nice article, nicely written, and if you have ever seen Justine train, e.g. you know that's how she does it. In a way, their is a truth in this Walloonia-Flanders thing, but as I've said in other threads: I'm from flanders, and study in Wallonia, and you have Kim fans in W and Justine fans in F. That's just how it is.
I do think you're absolutely right, Elke... where do they find a 'new aspect' of Kim and Justine ... This will last for a couple of months, and then something different will turn up, I guess.
But yet again: a very 'stylish' interview (french is a great language isn't it ;) ). thanx for posting it :)

mishar
Nov 7th, 2003, 04:41 PM
le petit pays tout entier se pince pour y croire..
does that mean: the little country pinches itself in order to believe it? How cute.

What are "tout ces malheurs" to which Justine refers? Pre-Justine and Kim, the image of Belgium in the US mostly concerned moules frites. :-) I remember reading something a few years ago about a sexual predator, and a police cover-up, and a lot of unhappiness about that, but overall, Belgium has led a pretty peaceful and prosperous existence in the last fifty years, no?

Dahveed
Nov 9th, 2003, 04:06 PM
Mais chaque fois fois qu'un article sur kim et justine est publié dans la presse étrangère, ils ne peuvent pas s'empecher de dire les mêmes trucs, encore et encore.....et avec ca, ils passent à côté du plus important = leur tennis!!!

Mais bon, venant du " MOnde", ca ne m'étonne pas. Parler 'juste' de tennis, ca aurait été trop simple!!!!

Oui mais à la base, 'Le Monde' n'est pas 'Tennis Magazine'. Moi je trouve l'article bien écrit, quoiqu'on apprend pas grand chose de nouveau. Je trouve que cela réflète bien l'image de la Belgique que je connais personnellement en tant que Français.