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View Full Version : Les confidences de Carlos Rodriguez


Juju_fan
Jul 30th, 2003, 08:13 AM
publié dans "La Dernière Heure" aujourd'hui!

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Les confidences de Carlos Rodriguez (30/07/2003)

Le coach de Justine Henin évoque ses rapports avec la lauréate de Roland-Garros

BRUXELLES
Il est loin le temps où les joueurs faisaient carrière tout seuls. Aujourd’hui, il n’en est plus un qui atteigne les sommets de la hiérarchie mondiale sans s’attacher les services d’un coach. Justine Henin travaille depuis l’adolescence avec Carlos Rodriguez qu’elle a connu au centre d’études de Mons mis sur pied par l’AFT.

Il nous a paru intéressant d’interroger cet homme discret qui joue un rôle essentiel auprès de Justine.


- Quels sont les sentiments d’un coach dont la joueuse remporte son premier tournoi en grand chelem ?
“Aujourd’hui que je vois les choses avec un peu de recul, mes sentiments sont multiples. J’ai l’impression que quelque chose de grand a été accompli. Cela me procure une grande satisfaction, surtout que beaucoup de gens ne croyaient pas en Justine il n’y a pas si longtemps encore. A Roland-Garros, elle a prouvé qu’elle pouvait réussir malgré sa taille (1,66m !) modeste. Mais sa victoire représente aussi un défi, celui du travail qui reste à accomplir. Elle me donnera en tout cas le punch nécessaire afin de poursuivre sur la voie que nous avons empruntée. Et, pour moi, ce n’est pas moins important car j’ai beaucoup galéré dans ma vie et, aujourd’hui, j’ai obtenu ma récompense en tant qu’entraîneur, celle qui m’a manqué comme joueur. J’ai toujours voulu bien faire et, à présent, j’ai le sentiment du devoir accompli.”

- Quand vous parlez de poursuivre sur la voie que vous avez choisie avec Justine, avez-vous à l’esprit un point de vue technique ? Stratégique ?
“Disons que cela recouvre tout, y compris l’aspect psychologique ou émotionnel. Lorsque l’on entraîne quelqu’un de la valeur de Justine, il faut prendre énormément de choses en compte: la partie technique et tactique, la partie émotionnelle, l’environnement familial, la personnalité de la joueuse, ses qualités physiques, etc. Nous avons décidé ensemble de suivre une ligne de conduite et, moins que jamais, nous ne devons en changer puisque la preuve est faite qu’elle est bonne.”

- Comment expliquez-vous la fidélité exceptionnelle qui vous lie, Justine et vous-même, alors que tant d’exemples – dont le plus récent en date est la séparation de Hewitt et de Stoltenberg - démontrent la fragilité des associations entre un joueur et un coach?
“En premier lieu, il faut prendre en considération que la relation d’un entraîneur avec une joueuse est en général plus commode qu’avec un joueur. La femme est plus émotive et plus sentimentale qu’un garçon. Cela facilite les choses pour mener la danse, si j’ose m’exprimer ainsi. Néanmoins, il ne s’agit pas d’une règle absolue, comme le démontre la collaboration entre Ferrero et son coach. Ils travaillent ensemble depuis que le récent vainqueur de Roland-Garros avait onze ou douze ans ! La longévité de ce genre de relation ne dépend pas seulement de la compétence de l’entraîneur, mais surtout du respect personnel qui existe entre les deux parties. Il faut parler convenablement et savoir écouter. La raison d’un divorce tient souvent au manque de respect lorsque les choses ne vont pas bien: cela se traduit par un manque de considération verbale, surtout vis-à-vis de l’entraîneur. Ou alors elle relève de la transformation des rapports qui faussent la relation entre l’entraîneur et le joueur devenus des copains. Enfin, souvent les entraîneurs désirent consacrer plus de temps à leur famille. Pour ma part, je considère que le facteur prioritaire est le respect mutuel. Mais je précise que je me sens privilégié en raison du retour que m’offre Justine. Elle est à la fois facile et difficile à entraîner. Difficile parce qu’elle ne dira jamais qu’elle est fatiguée, ce qui pose le problème de savoir jusqu’où elle peut aller; mais facile, en même temps, parce que chaque fois que je lui demande de faire quelque chose, elle s’y emploie à 120 % ! C’est une grande qualité qui me met dans l’obligation d’être constamment à la hauteur avec elle. Je n’ai pas le droit de n’être pas disponible à tout instant, de ne pas faire le maximum dont je suis capable. Les résultats dépendent de notre engagement total. Mais j’y reviens une fois encore: le moteur de cette collaboration, c’est le respect. Cela fait 7 ans que je travaille avec elle et je le dis toujours: le respect engendre la confiance. Chaque fois qu’elle a connu un problème et qu’elle a rencontré des difficultés personnelles ou sportives, j’ai toujours été présent. Nous avons évidemment connu des désaccords, mais nous en avons toujours discuté. Nous nous sommes chaque fois remis en question et nous n’avons jamais quitté la table sans avoir défini un accord.”

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“J’ai vécu la même histoire qu’elle”


Comme sa protégée, il a connu les conflits familiaux douloureux


BRUXELLES
- Mais comment vous êtes-vous rendu compte qu’elle avait un problème au niveau de la ceinture scapulaire?
“Lorsque nous avons commencé à travailler son service, elle a souffert du bras chaque fois qu’elle devait le monter pour effectuer la boucle qui précède la frappe. Elle a subi des examens médicaux qui ont révélé cette faiblesse physiologique. Depuis lors, elle effectué un travail quotidien grâce auquel elle n’est plus sujette à la douleur lorsqu’elle sert.”

- Pat Etcheberry (NdlR: l’entraîneur physique avec lequel elle travaille à Saddlebrook et en contact régulièrement lorsqu’elle voyage), y attache évidemment la plus grande attention?
“Exactement. Le médecin a demandé de travailler au niveau de la ceinture scapulaire en endurance et sans grandes charges. Elle ne fait pas de mouvements secs, en force. Et cela porte ses fruits.”

- Il existe donc une logique qui explique qu’elle possédait un smash de qualité alors qu’elle ne servait pas très bien.
“Exactement et cela en dehors du fait que le mouvement de ces deux coups n’est pas identique. En outre, il faut comprendre que, pour une fille, ce n’est pas très facile de servir quand on n’a qu’un mètre soixante-six. Un garçon possède en plus la puissance. Chez elle, il faut toujours trouver un compromis entre force, puissance et souplesse.”

- Peu de joueuses ont les moyens de s’imposer dans les tournois les plus importants du circuit international. Lorsqu’elles y parviennent, comment un coach conserve-t-il assez d’ambition pour sa protégée? Avez-vous déjà réfléchi à la manière qui pourrait permettre à Justine de gravir les deux dernières marches conduisant à la première place mondiale?
“Il ne faut pas prendre Roland-Garros comme un tournoi isolé. Nous avons fixé plusieurs objectifs pour cette année et l’un d’eux consistait à gagner une levée du grand chelem. Dans cette perspective j’avais lancé un défi à Justine en lui disant: “Tu es une excellente joueuse, mais tu n’es pas un championne car tu n’as pas encore gagné un grand titre.” C’est fort bien d’avoir battu Serena à Charleston, mais il faudrait aussi la vaincre lors d’un grand rendez-vous. L’avoir fait en demi-finale à Paris, ce n’est pas une mince affaire puisque l’Américaine avait remporté les quatre dernières levées du grand chelem. Mais j’ajouterai que si j’ai lancé ce défi, je n’en faisait pas un aboutissement en soi, mais plutôt un pallier avant d’arriver (ou du moins d’essayer…) à décrocher la place de numéro un mondial. La continuation, elle est là. Et si Justine a la chance d’atteindre cet objectif, elle ne devra pas seulement tenter de se maintenir aussi longtemps que possible au sommet de la hiérarchie, mais surtout faire l’effort de s’améliorer encore et toujours. Si, elle comme moi, n’avions visé qu’un titre du grand chelem, aujourd’hui nous manquerions de motivation…

- Sur le circuit international certains compétiteurs n’hésitent pas à s’entourer de psychologues. On peut penser que, d’une certaine manière, vous jouez également ce rôle auprès de Justine?
“Pour un entraîneur, il y a peu de périodes qui soient aussi faciles que celle pendant laquelle un joueur est blessé. C’est à ce moment que le joueur est le plus réceptif parce qu’il est affaibli et qu’il demande, par conséquent de l’aide. Il faut en profiter pour fixer des choses. Pendant cette période d’inactivité, le joueur recommence déjà en quelque sorte à travailler. D’autre part, il faut faire comprendre au blessé qu’il y a toujours une solution, que cela prenne deux semaines ou trois mois. Il faut l’écouter et lui permettre d’évacuer l’angoisse qui l’habite. C’est là tout le rôle de l’entraîneur en de telles circonstances. Quant aux doutes de Justine? Je suis quelqu’un qui a vécu une histoire comparable à la sienne, mais qui a quarante ans et donc un peu plus de vécu qu’elle n’en a. Cela me permet de relativiser les choses ce qu’elle ne peut pas encore faire à son âge. J’essaie de lui expliquer que rien n’est grave en dehors de la mort et qu’il y a beaucoup de choses plus importantes qu’un match de tennis. Il appartient à l’entraîneur de rappeler ce principe que tout aille bien ou mal. Et surtout quand cela va bien!

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Il reste du pain sur la planche (30/07/2003)

La victoire à Paris n’est pas une fin en soi mais une simple étape

BRUXELLES
- Vous avez contribué depuis de nombreuses années à l’évolution technique du jeu de Justine. Récemment, elle a apporté des corrections à son service. De nombreux joueurs de très haut niveau ont échoué lorsqu’ils ont tenté de changer un coup. Pouvez-vous révéler le secret de votre réussite?
“Pour ce qui est de son service, nous sommes partis d’un point où les gens ne comprenaient pas très bien où nous voulions en venir. Initialement, je pensais qu’un problème technique la handicapait. En fait, il s’agissait d’un problème physique qui empêchait Justine de faire un mouvement normal, comme tout le monde. Je me suis demandé comment il était possible qu’elle (pour qui tout est facile) n’arrive pas à effectuer un geste de coordination aussi simple. On a donc adapté sa technique du service pour essayer petit à petit de le rendre plus agressif. Aujourd’hui, si l’on imagine une échelle de 1 à 10, elle se trouve à peu près au sixième échelon. Mais il faut savoir que les corrections techniques mises en place dépendent d’un travail physique destiné à compenser une faiblesse de l’épaule au niveau de la ceinture scapulaire. Il a fallu la renforcer, ce qui ne s’est pas fait du jour au lendemain. Elle y travaille depuis deux ans et ce n’est pas fini. Sur le plan technique, il reste encore beaucoup à faire au niveau de l’orientation des épaules, du lancer, de la présentation de la balle au-dessus de la tête. Mais le plus important se trouve ailleurs. Aujourd’hui, Justine possède avec son service une arme qu’elle n’a jamais su utiliser au niveau tactique au cours des dernières années. Son jeu l’appelle au filet. Après Roland-Garros, elle était d’ailleurs satisfaite d’avoir gagné quatorze points sur dix-sept montées à la volée contre Serena Willams et treize sur quatorze contre Kim. De fait, le bilan est excellent; mais je lui ai fait remarquer qu’elle devrait surtout prendre en considération le nombre de fois où elle est montée sur son service et le leur. Et c’est là que se situe le problème: Justine monte autant sur son retour que sur sa mise en jeu, alors que les bons serveurs montent sur leur propre engagement dans une proportion de 70 à 80 %. D’un côté, ce constat est un très bon signe car il démontre qu’elle est très performante en retour. Par contre, si elle parvenait à jouer davantage en service-volée (ce qu’elle ne tente jamais alors qu’elle le fait très bien) et à profiter beaucoup plus souvent de la qualité de sa première balle pour monter au filet, elle progresserait encore. Il y a là tout un travail psychologique à accomplir. Techniquement, sa deuxième balle est meilleure que la première. Cela tient au fait que cette seconde balle, bien travaillée, fait l’objet du plus grand soin pour ne pas donner le point à l’adversaire. Et c’est là qu’intervient le caractère de Justine : elle réagit toujours, comme ce fut le cas contre Serena, quand elle a le pistolet sur la tempe ou qu’elle se trouve au bord du précipice. A 5/4 pour elle dans le troisième set de sa demi-finale, elle se permet de passer à côté. Mais à 5/5, elle reprend les choses en mains comme lorsqu’elle fut menée 4/2. Dans les situations extrêmes, elle est capable de redresser la barre. Il y a des coups qu’elle ne développe pas encore parce qu’elle n’est pas en position pour le faire. Or, on voit (les statistiques le prouvent) que c’est devant qu’elle joue le mieux. Le fait qu’elle gagne Roland-Garros et est troisième mondiale sans venir au filet aussi souvent qu’elle devrait y être induit que si elle jouait de manière plus offensive encore, elle s’améliorerait encore et prolongerait d’autant sa carrière. Pour en finir avec ce point, j’ajouterai que tactiquement et techniquement, un joueur évolue tout le temps. Gagner Roland-Garros, c’est bien; mais il reste du pain sur la planche…

fleemke³
Jul 30th, 2003, 12:48 PM
Wow I'll try to read it later but thx anyway :)